L'ouvrage L'Enfance de Jésus était connu dans la chrétienté des premiers siècles. Il avait été écrit par Jacques, le fils cadet de Joseph du premier mariage de Joseph, âgé de 15 ans à la naissance de Jésus, à qui était dévolu la tâche de veiller sur l'enfant. Et c'est à Cyrénius, alors gouverneur romain, qu'il confia son parchemin, comme cela est relaté dans le Grand Évangile de Jean lors d'une visite de Cyrénius à Nazareth. C'est au moment où les pharisiens et les lévites de la synagogue de Nazareth veulent lapider Jésus que Cyrénius, accompagné de Faustus, le commandant local, et de Cornélius, le jeune frère de Cyrénius, entre dans la synagogue (GEJ2, chapitre 20)

1. Dans toutes les écoles des synagogues, il y avait, comme au Temple, des tas de pierres prêtes pour les lapidations. Il y en avait aussi à cette école de Nazareth. Dans leur furie, les anciens, les Pharisiens et les lévites de cette ville se saisirent des pierres pour Me les lancer ! Mais les disciples s'insurgèrent et menacèrent ces fous qui se mirent à crier et à brandir ces pierres avec des mines encore plus courroucées. À ce moment-là, Faustus, Cornélius, Jaïrus et le vénérable Cyrénius entrèrent dans la grande salle de l'école.

2. À la vue de ces importants personnages bien connus d'eux, ces hommes courroucés laissèrent tomber leur engins criminels et se mirent à faire de révérencieuses courbettes.

3. Jaïrus accourut vers Moi et vers Sarah, M'embrassa en disant à Cyrénius : « Le voici, cet homme grand parmi les hommes, et voici Sarah, ma fille adorée qu'il a réveillée deux fois de la mort la plus absolue ! »

4. Le vénérable Cyrénius s'avança ers Moi, les yeux pleins de larmes, en disant : « Ô Seigneur, mon Dieu, comment trouver les paroles, dans ma faiblesse et ma pauvreté humaines pour Te remercier des grâces infinies dont Tu m'as comblé. Ô, que je suis heureux que mes yeux aient une fois encore l'inestimable bonheur de Te voir, Toi mon ami sacré. Depuis plus de vingt ans, je n'entendais plus parler de Toi, bien que je sois toujours en pensée plusieurs fois par jour avec Toi, et que je me recommande souvent à Toi !

5. Ah ! que j'étais peiné, il y a quelques jours encore, lorsque l'empereur s'est mis à me réclamer les malheureux impôts du Pont et d'Asie Mineure, passés on ne sait où et qui ont été retrouvés pour mon incomparable bonheur, il y a trois jours environ, par mon ami Faustus et par Cornélius, avec une foule de trésors inestimables d'or, d'argent, de perles et de pierreries, et tout cela grâce à Ta sainte médiation !

6. Mon Seigneur, mon meilleur et très saint ami Jésus, dis-moi ce que je dois faire pour alléger ma trop lourde dette envers Toi ! Veux-Tu ceindre ma couronne de grand gouverneur, je la déposerai avec un bonheur indescriptible à Tes saints pieds !

7. En vérité, en vérité, Seigneur, Toi ma vie, comme Tu le sais bien, les vains trésors de cette terre me sont odieux. Si ce que j'ai dû envoyer à Rome était mien, des milliers de pauvres gens en auraient profité. Mais c'était à l'empereur, tout devait m'être remis pour que je l'apporte à l'empereur. Sans Toi et ensuite sans mon ami Faustus et mon frère Cornélius cela eût été impossible ! Oh, quel poids immense vous avez enlevé de ma poitrine ! Tu mérites maintenant que je Te récompense par tout ce qui est en mon pouvoir. Ô, parle, parle, Toi le très Saint, le meilleur ami des humains, que dois-je faire ? »

8. Ces paroles magnifiques que M'adressa Cyrénius firent blêmir et trembler ceux qui voulaient Me lapider comme s'ils étaient pris d'une fièvre subite. Ils croyaient que J'allais Me venger et Me plaindre d'eux à Cyrénius qu'ils craignaient plus que la mort, car il ne plaisantait jamais ! Les juges romains étaient connus pour l'extrême rigueur avec laquelle ils appliquaient la loi et rendaient leur verdict. Les Juifs en avaient une peur indescriptible, tout particulièrement les anciens, les Pharisiens et les lévites nazaréens dont on savait qu'ils avaient participé à ce détournement de fonds.

9. Mais Je dis avec infiniment d'amabilité à Cyrénius : « Penses-tu que l'adulte oublie ce que tu as fait pour l'enfant lorsqu'il a dû fuir de Bethlehem en Égypte à cause d'Hérode ? Oh ! L'adulte se souvient parfaitement de tout. Tu as tout fait pour Moi avec un parfait désintéressement parce que tu M'aimais et voilà que tu voudrais maintenant que J'accepte de toi une récompense ! Non, loin de Moi une telle intention. Mais, toi qui tiens de l'empereur le commandement de l'Asie ordonne à ces obstinés qui servent Satan plutôt que Dieu, de garder le silence le plus absolu sur ce que J'ai fait ici, s'ils ne veulent pas subir une terrible correction, car celui qui jette une pierre à son prochain doit être très sévèrement puni. »

10. Cyrénius dit: « Ces misérables ont-ils osé Te lancer des pierres ?»

11. Sarah dit : « Oui, oui, grand gouverneur Cyrénius, ces misérables ont voulu lapider le Seigneur parce qu'Il leur a dit la vérité. Ils se font appeler serviteurs de Dieu et ils sont les plus grands blasphémateurs, car ils ne tiennent qu'au pouvoir que leur confèrent les institutions qu'ils se sont données eux-mêmes, par égoïsme, et auxquelles ils donnent un air religieux malgré tous leurs honteux agissements.

12. Celui qui ne se laisse pas aveugler par eux est bien vite rendu aveugle et n'a plus aucune liberté sur cette bonne terre que Dieu nous a donnée ! Il n'y a qu'à lire Moïse et les prophètes et voir leurs institutions pour découvrir sans peine ce que j'ai trouvé toute seule alors que je n'avais pas encore seize ans ! En vérité, celui qui tient à Moïse et aux prophètes est leur pire ennemi, ils le traitent de Samaritain, ce qui est la pire insulte dans la bouche des gens du Temple qui haïssent et injurient journellement les Samaritains, alors que ce sont eux les véritables mosaïstes et les disciples des prophètes.

13. Moi, une jeune fille, je demande si c'est là la parole de Dieu, si c'est là le culte de Dieu! Jésus leur a clairement prouvé que ce ne peut être que la parole des enfers et le service que seul Satan peut désirer. Ils ont voulu Le lapider parce qu'Il leur a dit par trop la vérité devant le peuple, ce qui pourrait finir par amoindrir leurs riches revenus.

14. Monseigneur, je suis déjà morte par deux fois, et je sais ce que mon âme a vu. J'ai vu Moïse et tous les prophètes, ils étaient en paix et leur joie était ce qu'ils appellent le jour du Seigneur. Mais je n'ai vu aucun Pharisien ni aucun lévite parmi tous les saints d'Israël! J'ai donc demandé où ils se trouvaient.

15. Un ange de lumière est alors venu me dire de le suivre. Je le suivis jusqu'à un endroit très désertique où il faisait sombre comme par une nuit nuageuse. Tout au fond rougeoyait un feu et l'ange me dit : "Voilà, c'est le gouffre infernal où ils habitent." Je regardai et je ne vis que des diables. Je dis à l'ange messager du Seigneur : "Je ne vois que des diables et personne d'autre, où sont ceux que je cherche?" L'ange répondit : "Mais ce sont eux que tu vois !"

16. Je fus horrifiée et je pensai à mon père qui est un chef de Pharisiens, mais l'ange vit ce qui me faisait vaciller et dit : "Sois sans crainte, ton père prendra la bonne voie et tu seras encore son guide sur terre !"

17. Voilà ce que j'ai vu et entendu, non par ouï-dire mais par ma propre expérience. Je n'ai donc rien à apprendre de ces imbéciles et de ces suppôts de Satan. J'ai vu et appris la vérité vivante, puis je suis revenue de l'au-delà. Je peux témoigner de l'authenticité de ce qu'enseigne le Seigneur Jésus de toute éternité, et que tout ce qu'enseignent ces maîtres diaboliques est un parfait mensonge, et qu'il n'y a pas un mot de vrai dans ce qu'ils disent. J'ai parlé. »

Le soir venu, Jésus et ses disciples, accompagnés des Romains, quittent la synagogue et se rendent dans la maison de Joseph (GEJ2, 24, 8 et 25, 1-4):

Nous quittâmes l'école et la ville et nous rendîmes à Ma maison où un bon repas nous attendait. Nous mangeâmes et bûmes de très bonne humeur, contents de cette journée.

1. Nous parlâmes beaucoup de nos rencontres à Ostrazine, en Égypte, où J'avais passé Ma petite enfance. Ma mère prit part avec beaucoup de joie à la conversation du vice-roi d'Asie, ainsi qu'on appelait Cyrénius.

2. Jacques, fils de Joseph, qui était un excellent scribe, alla chercher dans son armoire un épais rouleau qu'il tendit à Cyrénius avec ces mots: « Altesse, j'ai écrit ici toute Sa vie de Sa naissance à l'âge de quinze ans ou du moins, quant aux actes importants, jusqu'à douze ans ! Car après Sa douzième année il perdit ses dons divins au point même qu'il n'en restait plus aucune trace. Sa treizième, quatorzième et quinzième années sont parfaitement insignifiantes, à part quelques paroles sages, il ne s'est rien passé de notoire. Aussi n'ai-je plus rien eu à noter de particulier après sa quinzième année. On peut donc considérer la narration de sa jeunesse comme une œuvre parfaitement achevée.

3. Il existe à côté de ma narration une foule de récits qui sont sans doute le fait de vieilles femmes de pêcheurs désœuvrées; je prie donc chacun de considérer ma narration comme la seule véritable et authentique. Et si je puis ainsi te faire plaisir, Altesse, en témoignage de reconnaissance pour tous les bienfaits que tu nous as accordés, je te prie d'accepter mon humble témoignage. »

4. Cyrénius prend en main le rouleau avec beaucoup de joie, le feuillette, lisant à haute voix certains passages pour la grande joie de tous. Sarah et sa mère en étaient particulièrement heureuses.

Le récit de Jacques a été perdu en grande partie au fil des siècles. Il n'en reste aujourd'hui que quelques pages dans divers évangiles de l'enfance de Jésus, tous classés parmi les écrits apogryphes, et notamment le Protévangile de Jacques, l'Évangile de Thomas, l'Évangile arabe de l'Enfance de Jésus. Mais ce récit nous a été restitué par le Seigneur par la parole intérieure à Jacob Lorber, de juillet 1843 jusqu'en 1844, sans toutefois les biographies de Marie et de Joseph, que Jacques avait incluses dans son récit. Et un court avant-propos du Seigneur y est ajouté. La lecture du livre nous montre d'où sont venus les éléments de connaissance qui ne figurent pas dans les évangiles canoniques et qui ont pénétré dans la pièté populaire, en particulier ceux concernant la fête de Noêl. Mais surtout, ce récit nous montre comment, dès la naissance, l'enfant Jésus est habité par le divin, un divin qui s'exprime même à haute voix alors même que l'enfant ne pouvait pas encore parler naturellement. C'est ainsi que cette voix se fait entendre la première fois alors que l'enfant n'était âgé que de 2 mois: Cyrénius était de retour à Ostrazine, reçu là avec tous les honneurs dûs à son rang, et Joseph et Marie décidèrent d'aller assister à la revue (L'Enfance de Jésus, chapitre 52, 10-17):

À cette bonne nouvelle Joseph dit à Marie : "Écoute, il nous faut aller saluer ce grand bienfaiteur sans manquer de prendre avec nous l'Enfançon !"
Marie fut toute joyeuse à cette nouvelle et dit : "O cher Joseph, cela va de soi, car l'Enfançon est le préféré de Cyrenius !"
Et Marie mit à l'Enfançon des vêtements tout neufs, qu'elle venait de confectionner elle-même, en Lui disant avec ingénuité et par amour maternel :
"N'est-ce pas mon petit adoré, Toi mon adorable Jésus, Tu vas venir avec nous saluer Cyrenius !"
Et 1’Enfançon fit un grand sourire à Marie et dit très dictinctement Son premier mot :
"Marie, cette fois ci Je te suis jusqu'au jour où tu Me suivras."
Ces paroles mirent toute la maison dans un tel émoi, que pour un peu Joseph eût oublié la visite à Cyrenius.
Mais l'Enfançon Lui-même rappela à Joseph de ne pas repousser son projet; car Cyrenius avait cette fois beaucoup à faire pour le bien de l'humanité.

Au cours de la revue, Cyrénius reconnut Joseph et Marie avec l'enfant, et les salua; puis:

Il se tourna alors avec joie vers Marie et vers l'Enfançon et Lui demanda en Le caressant :
"O Toi ma vie, Toi mon Tout, me reconnais-Tu encore ? M'aimes-Tu ? Toi mon grand trésor!"
Et l’Enfançon tendit Ses petits bras grand ouverts à Cyrenius en lui souriant tendrement et dit très distinctement :
"O Cyrenius ! Je te connais bien, et Je t'aime, parce que tu M'aimes tant - viens, viens à Moi, car Je dois te bénir!"
C'en était trop pour le cœur de Cyrenius; il prit l'Enfançon dans ses bras, Le serra sur son cœur et dit :
"Oui, Toi ma vie, avec Toi dans mes bras, je veux donner le commandement pour la paix prolongée des peuples!"
Il appela à lui le Commandant, lui dit son entière satisfaction, et lui donna l'ordre de retirer ses troupes et de les nourrir pendant trois jours à ses frais; puis il invita le Commandant et plusieurs capitaines à un bon repas à la villa de Joseph.

Pour Cyrénius il n'y avait aucun doute: c'est le Créateur lui-Même, le Dieu unique des Juifs, qui habitait et œuvrait dans l'enfant Jésus. Mais pour Joseph, ce ne fut pas si évident (chap.89, 1-18 - L'enfant Jésus n'est âgé que de trois mois):

Joseph se rendit avec toute sa famille dans sa chambre où il loua et glorifia Dieu à haute voix une heure durant.
Il fit le vœu d’offrir un sacrifice au Seigneur dès qu’il retournerait à Jérusalem.
L’Enfant dit à Joseph ."Écoute-Moi ! Crois-tu que cela plaise au Seigneur?
Oh ! là, tu te trompes lourdement ! Vois-tu, ni les holocaustes, ni le sang des animaux immolés, ni les offrandes de farine, d'huile ou de céréales ne plaisent à Dieu !
Mais par contre, un cœur repentant, humble et contrit, qui L'aime par-dessus tout, Lui agrée infiniment.
Si tu as quelque chose en trop, donne-le à ceux qui sont nus, qui ont faim et soif, et tu auras fait une véritable offrande au Seigneur.
Je te libère de ton vœu et de ton devoir envers le Temple, parce que J'en ai le plein pouvoir.
J'accomplirai Moi-même un jour ton vœu à Jérusalem, en sorte que toute la terre sera rassasiée pour l'éternité."
Joseph prit l'Enfançon dans ses bras, L'embrassa et Lui dit :
"Toi, mon petit Jésus adoré, Ton Joseph Te remercie du fond du cœur, et reconnaît la pleine et sainte vérité de Tes merveilleuses paroles.
Mais vois-Tu, Dieu Ton Père et notre Père à tous a institué cela par Moïse et les prophètes pour que nous, Ses enfants, nous observions Ses commandements.
O dis-moi, mon petit garçon, malgré Ta divine origine sacrée et miraculeuse, as-Tu le droit d'abolir les lois du Père Tout-Puissant qui demeure dans Son ciel de toute éternité ?"
Mais l’Enfançon dit : "Joseph, si Je te disais aussi qui Je suis, tu ne voudrais pas Me croire, du fait que tu ne vois en Moi qu'un fils de l'homme.
Mais pourtant Je te le dis : Là où Je suis, là est aussi le Père, mais là où Je ne suis pas, là n'est pas le Père.
Or Je suis maintenant ici et non pas au Temple, comment le Père pourrait-il donc être au Temple ?
Comprends-tu cela ? Vois-tu, là où est l'amour du Père, là est également Son cœur, l'amour du Père est en Moi et donc aussi Son cœur !
Personne ne porte son cœur en dehors de soi - le Père non plus ! - Il est également Là où est Son cœur. Comprends-tu une telle chose ?"
Ces paroles remplirent Joseph, Marie et ses cinq fils d'un profond pressentiment. Et ils sortirent et louèrent dans leur cœur le Père si proche d'eux, et Marie alla préparer le déjeuner.

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